On nie en moi la femme, on m’aliène pour affirmer chez d’autre ce qu’on me prend ; c’est normal : je suis prostitué. On me fait pute pour que d’autres puissent être des Dames mais « peu me chaut ».
Votre mépris, vos parts de vide, mes Dames, paient mes études. Lorsque le soir en rentrant il vous embrasse c’est à moi qu’il pense ; moi à votre place il pourrait être lui-même, vous à ma place vous seriez comment il vous considère. Je suis vous, vous êtes moi. Quand il dit « chérie » il veut dire « salope » ; lorsqu’il vous pénètre en missionnaire en réalité c’est à la sodomie qu’il pense, les « encore » ce sont dans son langages des « tu aimes ça cochonne », et beaucoup d’autres encore. […]
On dit que c’est le plus vieux métier du monde, il serait plus judicieux de rajouter que c’est le seul métier d’utilité publique. Je subis ce que mes Dames ne peuvent pas subir ; je suis la soupape de sécurité d’une société de lâches et c’est cette société qui ne veut, officiellement, pas de moi : personne n’est prophète en son pays. Cela fait trois ans que je tapine et dans trois ans je serais avocate. J’ai trois clients, les études de droit ça coûte cher, je ne suis pas boursière, je suis pute de luxe. J’ai de la chance, j’ai le contrôle de mon corps, je suis loin des copines sur le trottoir. On dira que c’est mon choix, c’est une phrase dans l’air du temps. Personne ne choisi vraiment d’être le jouet d’un pervers de 56 ans, […]
Je n’ai rien choisi, je n’ai fait qu’accepter ma vie. Je vous conchie avec vos « c’est son choix », je vous pisse à la raie avec votre morale. J’ai vingt ans et on l’a déjà dit, ce n’est pas le plus bel âge de la vie, juste l’âge d’or du corps. Jeune et jolie, déesse négresse, fauchée et sans personne en France : il faut bien vivre.